La soirée est très fraiche pour un mois d'avril 1934 et la Bavière commence tout juste à verdir de la feuille.
Assis autour de l'immense table ronde sculptée, les convives lèvent très haut leur verre comme pour donner plus de puissance à leur salut crié trois fois :
"Heil Hitler !"
On peut dire que tout ce beau monde semble d'accord sur un point : le guide est, ce soir plus que jamais, le seul avenir de l'Allemagne en reconstruction depuis la cuisante défaite de 1918 et le lourd tribut dû aux vainqueurs.
Comment ne pas être d'accord avec le petit bonhomme qui hurle quand il parle, bien aidé en çela par le côté guttural de la langue ?
- Nous éliminerons tous les parasites étrangers à notre glorieuse Allemagne !
- Heil Hitler !
- Nous remettrons en marche notre économie si florissante avant la guerre !
- Heil Hitler !
- Nous ca-casserons les idéaux communistes !
- Heil Hitler !
- Nous exterminerons la lèpre judaïque qui ronge notre économie
- Heil Hitler !
- Nous rendrons la joie de vivre à nos ouvriers
Moi, vous me connaissez ? j'ai juste envie d'ajouter :"poil au nez"; Mais ma voix ne peut se faire entendre puisque je suis un esprit immatériel donc muet. Je me dis qu'à quelques mots près c'est le discours populiste que servira le front national en France quelques 80 ans plus tard : les français ont la mémoire courte…
- Heil Hitler !
- Mais pour ça, il faut commencer par épurer notre gouvernement des félons de la Reishswehr et de la SA…
Le Heil Hitler ! est moins appuyé : que signifie cette dernière phrase ?
Heydrich, Himmler et Göring boivent du petit lait, eux qui sont en train de mettre au point la plus grande vague d'assassinats qu'ils appelleront Nacht der langen Messer, la nuit des longs couteaux.
Ernst Röhm et sa SA ont bien aidé Hitler à conquérir le pouvoir mais ils commencent à être gênants avec leur idéologie trop légaliste car il faut maintenant éliminer le président actuel Paul Von Hindenberg et pour ça, il va falloir trouver des prétextes acceptables.
D'où la préparation de la nuit des longs couteaux.
A 200 mètres de là, Constantin Proknov règle la hausse de sa lunette de visée.
Bien dissimulé au milieu d'un taillis, il est complètement invisible aux sbires de la sécurité rapprochée d'Adolph Hitler.
Ceux-ci sont nerveux car on leur a signalé une possibilité d'attentat contre leur Führer ; Ils on donc doublé leur ronde et ouvrent grand les yeux. Mais nein, ils ne voient rien et ils se disent que c'est encore une manœuvre d'intox de la part des services du GRU.
Constantin Proknov caresse son arme : un svt40 équipé d'une lunette Mosin-Nagant dont l'efficacité frise la perfection.
Il introduit une balle dans la chambre de tir; une seule car il n'a jamais raté sa cible et Dieu sait s'il en a eu, des cibles.
Il reprend sa visée et positionne la croix en plein au milieu de la tête d'Adolf Hitler.
Il coupe sa respiration et, doucement, commence à appuyer sur la détente de son arme. Doucement, comme lui disait le camarade instructeur Tcherikof, "tu dois être surpris lorsque le coup part… Doucement".
Il est presqu'au bout de la détente quand sa cible bouge : Adolf Hitler salue la foule et sa tête suit le mouvement.
Constantin Proknov lâche sa respiration, attend que sa cible reprenne le cours des choses et il se remet en position de tir.
Respiration bloquée, il caresse la détente et recommence à appuyer, doucement… Il est presqu'au bout quand, tout à coup, il sent une violente piqure au dos de sa main droite: la douleur est fulgurante et il appuie à fond sur la détente, faisant ainsi partir le coup et le "craa- crak" qui va avec.
On lui avait pourtant dis de faire attention aux serpents, dans cette région de Bavière.
Malheureusement pour lui la balle est partie vers des cieux inconnus.
Encore plus malheureusement pour lui, il a été repéré par les agents de sécurité qui l'abattent sans autre forme de procès.
Et encore plus malheureusement pour l'humanité, non seulement l'attentat à échoué mais les mesures de sécurité ont été quadruplées autour du Führer Adolf Hitler qui vivra onze ans de plus pour accomplir sa 'mission".
Saloperie de serpents, va !
NB. Ne cherchez pas de trace de cette histoire dans les archives allemandes : Himmler les a faites détruire…