Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Quelle vie de chien par Di

Quelle vie de chien   par Di

 

Parfois, Adénaïde dessine des histoires en nus âgés de plus de cent ans. Elle les décore  ensuite de jolies phylactères remplis de mots empreints de la sagesse de Pawata, son maître à penser. En ce moment, elle compte les grains de sable dans la Vallée de la mort, un désert situé en Californie aux États-Unis. Cela la passionne de découvrir comment est composé chacun d’eux. Aucun n’est pareil, ils ont tous leur particularité. Elle avait constaté le même phénomène quand elle ramassait des grêlons lors d’une tempête de neige à Puvirnituq,  au Nunavik. Elle examine un grain de sable dans sa main et se demande si elle pourrait le couper en quatre pour en faire quatre quarts. Cela lui fait penser à l’éternité que lui avait promis Pawata, quand il l’a ramassée alors qu’elle tombait dans un trou, ce jour où elle est devint fantasmagorique. « Cela sera long l’éternité » pense-t-elle. 

 

Ce soir, Adénaïde assiste à une conférence présentée par le Dr Caty Dog, détentrice d’un doctorat dont la thèse porte sur « Le comportement qu’ont les parents adoptifs envers les chiens et les chats qui partagent leur vie », présentée en langue félidé et traduite simultanément à l’écran en canidé et en français.

 

Adénaïde est sur place, immortelle, immatérielle, et sans âge. Elle balaie de son regard les participants et choisit de se faufiler dans la peau d’une grosse chienne à l’air sympathique, au regard perçant, à la truffe humide et dotée de deux oreilles alertes et attentives au moindre bruit.  

 

Tous les chats et chiens adoptés ainsi que leurs parents adoptifs orientent leurs oreilles dans la même direction quand ils aperçoivent la conférencière Miss Caty Dog, avancer à pas de loup vers la scène, en roulant des épaules l’une après l’autre, avec une grâce certaine, accompagnée d’un nain posteur, son garde-du-corps. Sa robe d’un noir de nuit fait ressortir la beauté de son collier d’un blanc de perlé. Elle s’arrête quelques instants pour se laver un dessous d’épaule, avant de sauter avec une grande souplesse sur la table mise à sa disposition. Elle  prend le micro, puis regarde les participants, ses yeux de chatte dans leurs yeux, pendant que le nain posteur se retire discrètement derrière le rideau, prêt à intervenir au besoin. Le Dr Caty Dog exécute quelques miaulements dans le but d’aiguiser sa voix en laissant quelques empreintes sur le plancher pour marquer son territoire. Puis, elle porte la queue haute pour les saluer tous.

 

-        Mes chers chats et mes chattes, mes chers chiens et mes chiennes, mes chers humains et humaines … Bonsoir !

 

-        Après plus d’un an de recherche sur l’étude à petite échelle que j’ai entreprise auprès de familles d’accueil pour félidés et canidés, portant sur les relations qu’entretiennent les adoptants et les adoptés, il est de toute évidence palpable dans les propos qui me sont confiés, que certains d’entre eux éprouvent des signes de contrariété envers leurs parents adoptifs … 

 

Katy Dog saute dans la salle où elle ne peut résister au plaisir de se frotter sur les jambes des adoptants en passant entre les rangées à la recherche du chien qui se nomme Adénaïde. Elle s’arrête quelques instants pour ajuster ses moustaches dont elle n’est pas peu fière.

 

En se tournant le cou, elle repère un maitre-chien de l’escouade canine de la Sureté du Québec accompagné de son chien pisteur, célèbres pour chacun leur flair, qui enquêtent secrètement à la recherche d’un chat sniffeur disparu la veille avec le billet gagnant du gros lot 6/49, au montant de 6M de beaux dollars. Elle fait comme si elle ne les connait pas afin de garder leur anonymat. Puis, elle désigne de sa griffe vernie celle qui se cache dans la peau du gros chien. Cela donne chaud à Adénaïde qui piétine et ne sait trop comment réagir en étant chien, mais d’instinct, elle pose ses grosses pattes sur Cathy Dog, ouvre sa gueule pour haleter afin de se déshydrater et sans plus de préliminaires, elle lui lèche le cou et les joues et les bajoues, avant de lui tendre une patte, en signe d’amitié, mais Katy Dog se recule pour éviter un trop plein d’affection. Adénaïde jappe pour attirer à nouveau son attention ...

 

-        Wouf   -   Wouf       

 

-        Toi par exemple, Adénaïde, tu es une bonne chienne ! Tu as eu le courage de tremper la plume de ton oiseau Zozo dans l’encrier pour dénoncer tes parents adoptifs qui veulent vous abandonner, toi et ta petite sœur féline, qui est maîtresse chez elle après tout. Elle se donne un mal de chien et fait tout pour les mettre à l’aise, mais ils ne sont pas reconnaissants. Ainsi, tes parents adoptifs songent à vous laisser entre les mains du méchant diacre de la paroisse afin de prendre des vacances, et cela, en plein hiver …

 

-        Wouf … (jappe Adénaïde, en se sentant triste dans sa peau de chien).

 

Katy Dog regarde l’assistance avec insistance tout en aiguisant ses griffes sur le tapis que le nain posteur dépose devant elle pour qu’elle puisse marquer son territoire …  

 

-        En vertu de l'article 108 du code criminel des races canine et féline, il est stipulé que dans le cas où les adoptés préfèrent ne pas faire de voyage, l'adoptant est tenu de faire approuver le choix de leur gardien par ses adoptées. Il est essentiel de fournir à tous les adoptés des refuges bien isolés pour l'hiver, décorés avec goût, entretenus avec soin … C’est une attitude honteuse de la part de tes parents adoptifs, nous sommes tous  d'accord !

 

Dr Dog relève le museau et fait des mouvements de balancier avec sa queue comme si elle ne savait pas de quel côté l’arrêter. Finalement, d’un coup d’oreille, elle fait signe au nain posteur d’apporter du lait frais. Il s’empresse de lui tendre une nouvelle tasse, mais elle la boit à peine. Elle se gratte la tête et passe au point suivant …

 

-        Pour les canidés seulement, le besoin est essentiel pour la santé de leurs crocs de gruger les meilleurs os, quand bien même ce seraient vos propres os. 

 

-        Il est du devoir des parents adoptifs de gratifier les animaux de compagnie d'une oreille humaine, attentive le jour et la nuit. Des chattes et des chiennes les ont mis bas sans se préoccuper de contraception, mais maintenant ils ont un statut d’êtres humains. Ce sont vos enfants ! Ce ne sont pas des éléphants qu’on égare dans un camp de concentration pour les faire oublier. Les êtres humains sont si bizarres quelquefois.

 

-        Messieurs Dames, il est urgent de mettre sur pattes un système, sans avoir à griffer des tas de documents, pour choisir des familles d’accueil qui les écouteront avec attention, qui les comprendront, qui les soigneront et qui les aimeront plus qu'eux-mêmes. Ne maltraitons pas ces êtres chers en les brusquant, en ignorant leurs besoins physiques, émotifs et psychologiques (le PEP), et finalement mes chattes et mes chiens, en les abandonnant sans peine et sans remords, pour des raisons douteuses. Trop de chats et de chiens servent de souffre-douleur à des irresponsables. N’hésitez pas à dénoncer les traîtres qui privent les charmants chiots et les mignons chatons de l’amour de leur mère et de leur famille, en les jetant aux ordures, en les flushant dans les toilettes, en les reniant avec détachement. Les animaux de compagnie ont le droit de connaître leur pédigrée. C’est en se fermant les yeux que la violence augmente et c’est en ouvrant sa gueule qu’elle diminue. Dénoncez toute forme de violence.

 

-        Je suis présentement en pourparlers avec le premier Missieuchien de notre pays afin d’étudier la possibilité d’offrir une allocation familiale aux adoptants qui mènent à bien le rôle ingrat et souvent mésestimé qu’ils remplissent dans la société, afin de les encourager dans leur rôle d’éducateur.

 

-        Avec toute la détermination qu'on me connaît et grâce à mes études universitaires et à cause de l’expérience que j’ai acquis au cours des mois, je déclare avoir le meilleur flair et être la candidate idéale pour gérer ce rôle. Je promets de me faire la voix pour répondre à toutes les questions. Je me battrai griffes vernies et queue en bas pour faire respecter vos droits.

 

-        Devenir un bon adoptant n'est pas évident, mais important. Je souhaite conscientiser les familles d’accueil et les adoptés à l’écoute active, à l’aide de jeux de rôle, dans le but d’exploiter le potentiel empathique qu’ils ont en eux, en se mettant les uns à la place des autres et utiliser la compassion à bon escient. 

 

-        Avec tous les matous qui traînent dans les ruelles, la stérilisation devient une affaire sérieuse. Le taux de natalité ne doit pas devenir effarant en dépassant la norme. Je propose que seul le premier né des portées puisse procréer. Cela évitera aux femelles de perdre de la liberté et de garder leur corps sans défaut.

 

-        Je me couche dès à présent en chien de fusil pour ronronner comme une lionne satisfaite. La séance est donc levée et vous pouvez disposer.

 

-        Si vous avez des questions, mon nain posteur vous répondra.

 

Adénaïde commence à sortir du corps du chien, quand avec ses oreilles bioniques, elle entend un bruit inhabituel, comme s’il venait d’un autre pays. Alors sans hésiter, elle remet son enveloppe de chien et déplace la poussière en courant au bout de la rue après une blonde qui se promène suivie d’une douzaine de chiens vagabonds. Ce qu’elle voit la dépasse. Un flamant rose de l’enfer conduit un autobus et la blonde lui fait signe d’arrêter. Adénaïde est sonnée et donnerait bien sa langue au chat pour savoir où va l’autobus. Elle s’avance vers le flamant en grognant et l’interroge du regard. Le flamand lève le nez en l’air et lui montre une pancarte sur laquelle il est écrit : Direction : Orphelinat pour chiens. Elle monte dans l’autobus quand un passager monte après elle et lui dit : « Fais donc la belle pour mon oncle ». Elle s’offusque en grognant et lui mord la main et jappe fort. « Non mais, c’est qu’il a l’esprit mal tourné celui-là, pense-t-elle. » De loin, elle entend l’esprit de Pawata lui dire : « Tu fa’s ben, tu fa’s ben. »

 

Adénaïde donne un anneau au flamant rose de l’enfer qui lui donne la place de chauffeur, attrape l’anneau par une patte, embarque dans une voiture et conduit jusqu’à l’aréna. Il met ses patins, arrive sur la patinoire, fait une passe qu’on lui repasse et patine droit devant lui pour mettre l’anneau  dans le but des adversaires. Oh le flamant. Go Go. Et c’est le but … compté par le flamant rose de l’enfer à 16 heures 15 minutes.

 

Adénaïde sort de la peau du gentil chien mais elle n’a pas fini son travail. Elle prend sa plume indélébile et écrit dans le ciel sa pensée du jour :

 

« Les animaux de compagnie sont des bêtes qui ne sont pas bêtes » 

 

Mais enfin, après quelques mois à travailler dans l’ombre de Katy Cat, Adénaïde obtient du gouvernement une subvention faramineuse pour cette noble cause. La vie de ces compagnons de vie n’en sera que plus belle.

 

 Quelle vie de chien   par Di

Di

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
C'est tout à fait vrai My ! Le Flamant de l'enfer ne se dégonfle jamais. 
Répondre
M
Le flamant de l'enfer trouve son compte partout où il passe. <br />  
Répondre
D
Ça fait plaisir à savoir, tous des bons chiens. Merci France.
Répondre
F
Enfin on ne diras plus "quelle vie de chien".Snoopy, MIlou, Garfield, Rintintin sont avec toi Adenaide
Répondre
D
Ça m'a l'air que c'est une question de dents, dedans l'histoire. Les chats n'ont pas la même culture que les chiens mais sont plus indépendants. Bises à toi. J'aime le chien qui représente Adénaïde. Merci Aganticus.
Répondre