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Un conte de comtesse par Di

 

 

Valérien de Rien était un paysan né dans un pauvre village en France, qui chevauchait la clôture entre les langues d’Oc et d’Oïl, où les paysans appelaient les plus pauvres d’entre eux « les vilains ». Le père de Valérien  n’arrivait pas à nourrir convenablement son enfant et la mère lui avait remis le fils dans les bras après avoir coupé le cordon ombilical et n’attendit pas de merci pour prendre la fuite. Elle alla directement chez les bonnes sœurs du Précieux Cœur de l’Enfant en les priant de lui faire prononcer des vœux de chasteté et leur demanda de prendre le voile. Le père de Valérien l’avait échangé à l’âge de cinq ans contre une vache, au Seigneur de l’Autremont, le conte Honoré de Valdechar, du comté de Montrond-les-mains, dans l’actuelle région de la route de Napoléon. 

 

Donc, Valérien venait d’arriver de Nice à bord d’un bateau clandestin venant de Corse et ne savait pas comment trouver le comte de Valdechar qu’il recherchait pour l’humilier à son tour. Pour l’instant, le soleil ardent le réchauffait tant que son corps rejetait un surplus de sueur par tous les pores de sa peau, mais il arrivait à trouver de l’ombre pour se rafraichir et transportait de l’eau dans sa besace pour se désaltérer. 

 

Pendant ce temps, un navire voguant sur les flots bleus de l’été vint accoster au port de Nice et amarra. On ramenait le comte Honoré de Valdechar, tombé du haut de son lit le matin même à l’auberge des Vieux Canards à Val-aux-Bains. Il reposait sur une civière improvisée et se lamentait à côté de son épouse éplorée qui se tordait de douleur à cause de la peine qu’elle avait dans son cœur.

 

L’ambiance était à la fête. La musique de la rue enchantait Valérien de Rien. Il composait des paroles sur des notes de musique et les chantait sans fausser avec les artistes qui jouaient de la flûte à bec, de la cornemuse, du luth, du tambour et des trompettes. Mais il déchanta quand il entendit des cris qui ne l’enchantaient guère. Il s’approcha du navire et remarqua les initiales H de V plaquées d’or. Il les avait vues accrochées aux murs de son château. Ce bateau était le fruit des magouilles du comte Hilaire de Valdechar, il en était certain. Il regarda l’homme qui geignait couché sur la civière et le reconnut sans l’ombre d’un doute, c’était le Seigneur qui l’avait acheté de son pauvre père, alors. 

 

Il revit le jour de ses 20 ans où pour son anniversaire, le comte Hilaire de Valdechar l’avait humilié dans son domaine pour avoir osé regarder la bonne et lui avait donné le statut de « serf » (prononcer « sarf ». Le « sarf » représentait la personne soumise qui était asservie à exécuter les pires tâches dégueulasses. Cela l’avait beaucoup rabaissé et de plus, le comte l’avait humilié devant tous ses serviteurs. Il était parti honteux de sa démotion et s’était enfui en Corse où il regardait pousser des marrons pour les cueillir à maturité. Le  hasard lui donnait enfin l’occasion de prendre le statut d’époux de la comtesse. Il rêvait de retrouver son honneur dans ses bras

 

En ces temps médiévaux, les médecins ne couraient pas les rues pour sauver la vie des gens victimes de descente de lit, pas plus qu’aujourd’hui, d’ailleurs. L’entourage du comte avait tout fait pour lui sauver la vie à l’heure de la tombée de son lit. On lui fit un lavage de cerveau en premier. Mais rien à faire pour le faire reparler. On fit venir un guérisseur renommé à cette époque. Il ne put rien faire. Devait-on lui faire un lavement ? Mais oui ! Mais non ! Personne n’était d’accord avec cette option. C’est une punition du ciel, prétendant le curé du canton. « Faites venir deux ou trois saints … ! », mais ils étaient occupés ailleurs à réaliser des miracles. Il ne restait pas beaucoup d’espoir à l’espoir, alors on déposa des sangsues sur le comte et des poux dans ses cheveux afin qu’ils se sustentent avec du mauvais sang. Au bout de quelques jours, le comte Honoré de Valdechar mourut, vidé de mauvais sang, emportant avec lui tout son bon sens.

 

Le bruit courait, que devenu feu depuis peu, son mari le comte ne pouvant plus la combler dans son lit, qu’elle pensa tout de suite à son prochain mari. « Qui serait-il ? » « Qu’importe ! » « Elle prendra le premier qui voudra d’elle. » Le prêtre qui officiait la messe dominicale rendit hommage au défunt, mais humilia la comtesse de ne pas avoir voulu d’enfant de son mari.

 

Pourtant, les bonnes gens disaient qu’elle était reconnue pour avoir toujours faim au lit. Il paraissait qu’elle épuisait le comte par ses demandes de chair en chambre et qu’elle n’en avait jamais assez. Et patati et patata. Et aussi que depuis la mort du comte, elle mangeait sans appétit et se saoulait sans soif, qu’elle descendait dans les bas-fonds de la vie, parce qu’elle manquait d’attribut viril, et ainsi, les rumeurs couraient sur la comtesse, sans s’arrêter … « Son physique laisse quelque peu à désirer », disaient ceux qui ne l’avaient jamais vue, surtout les moins jolies. « Elle ne vaut pas un chameau », disait l’taon D. Rangé, qui ne savait pas qu’un chameau porte des bosses sur son dos. On disait çeci et cela, le chaud d’abord, le froid ensuite, selon les uns ou les autres. Il parait même que son perroquet répétait toujours quand il la voyait entrer au salon : « Comtesse de mes fesses - Comtesse de mes fesses. »

 

 

Le bout d’esprit d’Adénaïde suivait le drame avec tout son cœur et décida de changer la fin de leur histoire afin que cessent ces sornettes sur la comtesse, qui en réalité était morte de fatigue depuis qu’elle ne s’endormait plus dans les bras du comte la nuit, maintenant qu’elle parlait de lui en le nommant « Feu le comte Honoré ».

 

Un instant de plus ou de moins, et hop ... rien n’est plus pareil. Le lendemain, Adénaïde  vit la comtesse manger des raisins alors qu’elle se promenait dans ses vignes, sans vigie, une nuit de pleine lune où elle cueillait des raisins pour faire du vin. Son esprit capta cet instant pour guider Valérien dans les vignes du Seigneur.

 

Quand la comtesse le vit lui tendre les bras dans la nuit, elle tomba dedans sans plus attendre. Il l’embrassa dans le noir pour ne pas la voir le premier soir car il ne savait plus s’il voulait d’elle, n’ayant entendu parler d’elle qu’en mal. Elle le fit aussitôt entrer dans son château et le poussa dans sa chambre afin de faire des affaires de chair. Le temps de passer à l’acte était plus que dépassé mais elle se tenait les fesses serrées car elle sentait qu’un petit vent hors de lui, se préparait à fuir à toute allure, hors d’elle, tandis que Valérien avait le corps raide et le nez dérangé, car il avait le sens olfactif très développé. Ce n’était définitivement pas très romantique et cela faillit faire tomber l’affaire.

 

Serrer les fesses était pour la comtesse, croyait-elle, le seul moyen de se faire honorer par Valérien. Elle voulait le faire sien. Alors, ses oreilles reculèrent pour laisser ses lèvres avancer vers celles de Valérien, et en reniflant, elle lui avoua son besoin crucial de peau. Il eut peur ! Voyant cela, elle eut chaud ! Mais elle était feu et passion. Les refus qu’elle avait essuyés de la part des hommes avant qu’elle ne soit comtesse, les bleus au cœur qu’elle avait endurés sur les chemins tortueux qu’elle avait traversés dans sa vie et les malheurs qu’elle avait eu à surmonter l’avaient rendue plus forte. Cette nuit, plus rien ne lui paraissait insurmontable.

 

L’esprit d’Adénaïde intervint, poussa l’amour au bout qui tomba entre les deux.

Valérien perdit ses forces à force de performer et la comtesse perdit la boule, mais ils furent comblés par l’amour. Ils se mirent à rire d’un rire qui les portait à rire. Ils n’en pouvaient plus de rire, de se taper dans les mains, de perdre des calories en tressautant du ventre jusqu’aux fesses. Finalement, à force de rire à gorge déployée, leurs oreilles claquèrent dans leur visage et ils s’applaudirent et ne se quittèrent plus.

 

Six mois plus tard, tout le monde se tenait sur le parvis de l’église comme à tous les dimanches après la grand-messe, lorsque la nouvelle arriva comme une bombe. La comtesse était grosse de plusieurs mois déjà. « Mais comment se peut-il ? » « C’est impossible ! » Des « on dit » disaient qu’elle vivait dans la tour du donjon pour mauvaises actions et ne voyait personne. Allons donc ! Il doit bien y avoir un petit moineau non loin du château qui fait des cui-cui … et bla bla bla bla …

 

Un mois plus tard, Adénaïde dessina un escalier pour monter plus haut dans les cieux et écrivit :

 

Elle devint sa comtesse qu’on sert.

Il devint son prince qu’on sort

Ils eurent des jumeaux

Fille et Garçon

 

 

DiUn conte de comtesse par Di

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D
Merci Aganticus, Marie-Louve, Lenaïg, Victoria !  <br /> <br /> Dans ce conte d'humour pour adultes, ce qui est bon dans le fesse à fesse fait en face à face, c’est qu’on peut cacher le « p'tit cochon» dans la farce, sans passer par le confessionnal.
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V
Un plaisir de lire cette histoire bien amusante dans laquelle pourtant, rien n'était gagné pour les deux héros. Plein de bonheur à Valérien de Rien et à  la Comtesse de mes Fesses. 
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L
Une histoire époustouflante, magnifique, plus captivante que Stéphane Bern quand il nous raconte un "Secret d'histoire" ! Ce Valérien de Rien vaut bien plus que son nom et il vit un conte de fée, c'est parfait ! Merci beaucoup, Di, bizzz à toi, bizzz au trio !
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M
Un de Rien contre une vache peut mener très loin. Et voilà le bon Valérien dépourvu de sa pauvreté dans les bras de la comtesse pour descendre plus bas en montant plus haut. Comme l'écrit Marcus, un magnifique fesse=à-fesse ! Ici , les bons contes font des petits et les grands se con-fesses allègrement. Super DI !
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A
Magnifique fesse-à-fesse.<br /> Un conte de comtesse qui vaut "un gonze de gonzesse" . Ce brave Valérien ne valait pas la corde pour la faire pendre, la nana...<br /> Et quand le comte est bon la biche prend son pied.<br /> C'est bon la folie de l'amour quand aucun des deux n'y perd la fesse.
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