
2) Entre elle et moi
Quand je ne suis pas là, je vouvoie en vous et en moi.
Je la regardais encore dans ce corps désuni qui cherchait son manteau d’avenir posé sur des questions et des détournements de raison. Pour la sortir de cet état éclaté, je lui tendis la coupe ronde de son cognac. Elle la prit avec des lettres de départs pillées sur une table mise dans au service dépareillé qui, sans raison, allait si bien ensemble. Elle fit cul sec d’un trou pour sortir de là. Bach ne tournait plus ses boucles et Walton parlait comme un fou en musique sortie d’un asile sans abri social. Il globe-trottait avec une bande démagnétisée des vieilles formes d’arcanes découvertes par l’usure. Plaît’ il à Platon ?
Beau, bien, je vous veux à la mie dépouillée de laideur transfigurée par une même humanité.
Comment faire pour que nous ne fassions qu’un chacun dans la mie de l’autre. Je ne savais plus rien. Ni les mathématiques ni la politique. Resté coi, quoi ? Moi, Araos maître séant de ce théâtre, je devenais branlant dans notre face à face choqué de l’autre. Celui d’avant, d’ici, maintenant à partir de notre futur à venir.
Muette, elle parlait, parlait par des images avec deux petits chaussons qui tournaient, tournaient sans raison juste sur des sons. C’est faux. Ses faux pas ne vont pas loin. Ils vont partout et je me perds dedans. Le monde est trop grand tellement il est encore trop petit pour courir à la grandeur de sa faim vorace. Je l’entends. L’infidèle veut me fuir. Là-bas c’est trop loin quand c’est trop près. Je la connais. Toujours en fugue ! Une insaisissable. Elle me rend fou quand je suis à sa traîne ; elle s’envole me laissant derrière. Elle est son mystère qu’elle ne sait résoudre. Émoi. Un mystère. Qui sait !
Elle me tuera avant que je ne meure sain et sauf d’elle. Casse-pied sur un pied du roi mal mesuré. Voilà. C’est elle ma mie et je dois composer avec sa démesure qui déborde du cadre de sa vie en pleurs sur des pelures d’oignons du temps qui tic et taquent comme un sans cœur au milieu du vide qui n’a rien à perdre. Ni temps ni espace. Je suis l’évadé d’une échappée belle, piqué d’espaces blancs ouverts à tout vent. Je suis le vire-vent greffé à sa tête pour faire tomber les voiles de ses yeux. Je la pousse, je souffle, j’inspire, elle expire mes mots sur des pages qui font des petits bateaux qui vont sur l’eau des ruisseaux où poussent des enfants qui jouent dans l’eau.
Elle me tue, je l’aime. Elle vole mes notes et s’empare de ma musique pour me fuir en rêvant ailleurs avec d’autres notes, des blanches, des noires, des croches et même des double croches. Qu’importe ! Je soupire sur ses silences bavards de son écho. Je l’entends. Je l’attends. Ma mie me manque. Je veux plein d’elle qui me cherche en elle de vous. Mais elle n’est jamais là.
Quand je ne suis pas là, je cherche des mots d’ailleurs qui ne sont pas encore arrivés ici parce que l’amour les a oubliés ailleurs.
Marie Louve