
Vous ai-je dit que j'avais deux cousines dont les ancètres avaient quitté notre bonne vieille terre de France pour suivre Jacques Cartier vers des pays tout neufs ?
Ce qui a de super sympatoche avec ces nanas, c'est leur façon d'aborder la vie et leur parler tout imagé comme était le notre avant que nous devenions des "qui-se-la-pètent", vous savez, les incontournables français donneurs de leçon au pauvre monde…
Je dois dire qu'ils ne donnent pas leur part aux chiens pour nous charrier, mais eux, ils le font avec beaucoup d'amour et d'humour : on ne scie pas les racines qui nous on vu naître…
Je viens de recevoir une bafouille d'une d'elle qui rit à tire d'aile et je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager. Il y est question de chat pardeur mais, chut… lisez donc.
La confession du maire
Le maire du village de Ste-Gédéonne des Olives et sa femme, âgés dans la quarantaine, s’étaient connus par Internet sur le site de rencontres « Face à Face ». Après quelques échanges épistolaires, le maire invita la dame à le rencontrer sur le parvis de l’église à l’occasion du jeudi saint, en souhaitant secrètement réaliser avec elle un fantasme qui l’obsédait toujours en ce temps de Pâques: faire un chemin de croix avec la femme de sa vie en espérant connaître une passion torride.
Le jeudi saint à 15 heures exactement, la demoiselle s’apprêtait à mettre le pied sur la première marche de l’escalier de l’église, quand du haut du parvis le maire l’aperçut. Il descendit précipitamment pour aller à sa rencontre et lui fit un sourire éclatant qui l’éblouit, et lui offrit son bras pour l’aider à monter. Il la fit passer par la grande porte puis la verrouillât. Elle le suivit dans la nef jusqu’au confessionnal, où, embarrassé, il lui demanda si elle avait objection à se confier face à face dans cet endroit. Bien qu’elle le trouva un peu bizarre, elle accepta de bon cœur. Il ouvrit la porte de gauche en lui désignant le banc, la ferma, ouvrit celle du confesseur, la ferma et s’installa sur le banc. Pour se donner confiance, il tint le bréviaire du curé entre ses mains et souhaita très fort que vienne la paix dans le monde. Sa bonne pensée passée, il ouvrit la fenêtre à carreaux et huma la peau de la dame dont les effluves l’enveloppaient en caressant son sens olfactif. Son flair de maire ne le trompait jamais. Elle sentait l’argent ! Et de l’argent, il en avait justement besoin pour construire la salle communautaire du village.
Il entama la conversation en déplorant que le printemps soit si tardif encore cette année. De fil en aiguille, ne voyant pas le temps passer, ils discutèrent de questions plus personnelles. Elle confessa son âge, mais hésita à lui révéler son poids, puis finit par donner la pointure de ses souliers. Il se demanda sous quel angle aborder la question monétaire et l’incita à en dire davantage en gardant le ton de la confidence. Elle lui donna alors ses mensurations. Elle ne vit pas son embarras, alors elle continua en murmurant, envahie par la honte, qu’elle avait eu beaucoup d’argent voici cinq ans, mais qu’elle avait tout perdu à cause d’un bellâtre qui l’avait entraînée dans la passion du jeu. Il lui répondit avec beaucoup d’humilité que c’était un calvaire que de résister à l’appel du jeu. Il connaissait ce plaisir interdit car il avait été victime du jeu autrefois, avant d’entrer en politique. Ils s’embrassèrent à travers les carreaux et déclarèrent qu’ils se soutiendraient si la tentation du jeu les tourmentait à nouveau. Ils se marièrent à la fin du mois de mai, pour le meilleur et pour le pire.
Les villageois qui aimaient bien leur maire furent heureux d’apprendre la bonne nouvelle. Depuis un an déjà, ils travaillaient de concert avec lui pour ramasser des fonds dans le but de construire une salle communautaire, afin de remplacer celle qui avait été détruite par le feu lors d’un orage électrique. Ils récoltèrent une partie du budget grâce à des dons et des activités organisées par les villageois, soupers spaghettis, marché aux puces, etc … afin de grossir le budget disponible pour la salle.
La femme du maire était appréciée des villageois et elle leur rendait bien leur amitié. Elle trouva déplorable qu’ils n’aient pas d’endroit convenable où se réunir et faire des activités communales. Elle voulait faire quelque chose de beau pour eux, quelque chose de noble. Une idée déraisonnable vint se loger dans son grand cœur et ne la laissa pas en paix. De son côté le maire vivait des émotions semblables.
Malgré la promesse qu’ils se firent lors de leur confession mutuelle, la passion du jeu excitait le maire et sa femme la mairesse. Ils prièrent Dieu de ne pas les abandonner dans cette tentation, mais en vain. Après de nombreux tourments intérieurs, ils s’en parlèrent franchement, mais le démon du jeu ne se laisse jamais oublier quand on l’a déjà eu dans la peau. De sa voix d’enfer, il leur soufflait à l’oreille des mots dans lesquels étaient camouflés des sons subliminaux : jeu casino $$$$$ jeu $$$. Cela devint un ver d’oreille. Agacés d’entendre les mêmes sons revenir en boucle, ils furent agités de cauchemars pendant des nuits. Las de se faire harceler par ce leurre, ils craquèrent et tombèrent dans leur faiblesse. Ils concoctèrent le dessein d’investir dans le jeu le montant recueilli afin de le multiplier et ainsi financer leur projet commun. Le démon du jeu se tenait près d’eux et soufflait encore des mots : « You are the Champions. » Le lendemain, convaincus de bien faire, ils partirent pour Montréal, accompagnés par Dieu, croyaient-ils, alors que c’est le démon qui les suivait.
Hélas ! Dieu vit la manipulation et ne tomba pas dans le piège. Au contraire, il se froissa que le maire et sa femme invoquent de faux prétextes pour assouvir leur passion du jeu, comme s’ils croyaient qu’Il n’y verrait que du feu. Il leur souffla ces mots aux oreilles : « Par devers mon esprit, tu ne feras mouche, si à mon orgueil tu touches », mais aveuglés des oreilles par le démon qui interceptait le message et qui les excitait davantage en faisant miroiter des lumières scintillantes et en les enivrant de signes de $$$, ils n’y virent que du feu.
Empreints de l’ambiance du casino et des bruits de fond, les époux se grisaient de plaisir. Ils firent exploser une machine à sous, à elle seule contenant une petite fortune. Par une manipulation habile de la part du démon, ils suivirent aveuglément la flèche peinte en jaune sur le tapis qui les conduisit aux tables de Black Jack. Durant huit heures, ils s’enivrèrent de la drogue du jeu en jouant avec excès et ils perdirent tout.
De retour chez lui à Ste-Gédéonne des Olives, le maire se laissa tomber sur le fauteuil et se regarda dans le miroir sans se reconnaître. Triste comme un avatar mis au rancart, rien dans son regard ne semblait parler, mais sa peau était tendue par la corne due à la colère dissimulée sous son masque farouche. Il se leva comme un homme automate et traversa le miroir où il parcourut un chemin de croix avec sa femme, pour avoir péché sans compter.
Pourquoi Dieu n’avait-il pas écouté leurs prières ? Pourquoi n’avait-t-il pas été leur complice, comme ils le prièrent de le faire? Le maire se révolta d’avoir récité des chapelets pour rien et fit une crise de foi qui le garda au lit pendant des semaines. Des incertitudes sur les raisons de sa mission de maire l’obsédèrent. Après quelques semaines de souffrances morales, sa confiance revint en lui, mais il appréhenda la réaction des villageois. Au-delà de sa frousse de paraître devant eux, son cerveau n’aspirait qu’à se libérer de la haute pression qui le condamnait au jugement qu’ils auraient sur lui après sa confession publique, que le curé le pria de faire du haut de sa chaire, en ces circonstances.
Quand il confessa son larcin, quelques amis se fâchèrent et l’envoyèrent chier, mais ils lui dirent ces mots si respectueusement qu’il leur pardonna. (Il avait chaud). Il admit qu’il avait été trop ambitieux et que, oui, il avait tout perdu. Sa femme et lui allaient jouer au casino pour gagner des milliers de dollars avec l’aide de Dieu, pour le bénéfice du village. » Quelques personnes partirent et boudèrent Dieu, vu qu’il n’aida pas la cause pour la salle communautaire. « Alors, vous qui êtes réunis ici en ce jour, je vous demande, mes amis, de quêter à nouveau pour ramasser l’argent nécessaire à la construction de la salle communautaire. » Les amis du maire partirent un à un sans le regarder. « Mais non, non, » se justifia-t-il, « ne partez pas. Mon seul tort fut d’avoir cru au miracle. Attendez ! Écoutez-moi ! D’ailleurs, » ajouta-t-il à ceux qui n’étaient pas encore sortis de l’église, « regardons l’histoire idéologiquement plutôt que logiquement » (Il avait de plus en plus chaud). « Par ma notoriété acquise due à cette triste histoire, nous avons mis le village sur la « mappe ». Les touristes feront un détour pour visiter le village, ce qui sera bon pour l’économie locale. Dieu ne peut me tromper deux fois de suite, » ne cessa-t-il d’essayer de se convaincre lui-même. Le maire regarda les stations du chemin de croix et se mit à rire de son égo. Pour se punir, il s’auto-châtia en disant « Si c’était à refaire, je ferais la même chose. » Une porte claqua. C’était le bedeau qui sortait de l’église en s’exclamant : « Ah ben … Tabarnak ! C’est l’boutte du boutte ! »
Le lendemain matin il acheta un billet de 6/49, juste pour une fois, une dernière fois. Quand il regarda quelques jours plus tard les numéros gagnants dans le journal, il comprit qu’il gagnait 1000$. Son chat du nom de Châtiment passa, lui enleva d’un coup de mâchoire le billet gagnant qu’il tenait dans la main et s’enfuit par la fenêtre en le tenant entre ses dents.
La morale de cette histoire est que le bien mal fait n’est pas mieux que le mal bien fait.
Ta cousine, Di